Et si je ne savais pas aimer ?
J’écris pour moi, mais peut-être aussi pour toi. Pour celleux qui se donnent à fond, espèrent trop, attendent longtemps, et finissent seul.e.s.
Si tu t’es déjà demandé.e pourquoi aimer fait si mal alors que tu fais tout bien, il est pour toi aussi.
Tu sais, j’ai cru comprendre l’amour.
Ou du moins, ce qui s’en rapproche.
Pendant des années, j’ai pensé qu’il suffisait d’aimer fort, d’aimer bien, d’aimer vrai. D’aimer avec son corps, son âme, son esprit.
Mais aujourd’hui, je t’écris à toi, à moi, à nous, à l’idée qu’on se fait de l’amour, parce que je ne suis plus sûre de rien.
Ce matin, de juin 2025, je me suis réveillée avec un trou immense dans la poitrine.
Un vide, une angoisse sourde, une sensation étrange qui fait peur, sans raison claire.
J’avais fait un rêve. Troublant.
Je me souviens surtout de la main de ma mère qui m’a tirée de là, comme si elle m’avait sauvée.
À mon réveil, il y avait la confusion… et puis ce vide.
J’ai essayé de me rendormir. Rien.
Alors j’ai voulu appeler. Ceux que j’appelais avant, quand je ne dormais pas, quand j’avais besoin.
Mais je ne pouvais plus.
Ils n’étaient plus là, ou j’ai supposé qu’ils ne le seraient pas.
Toute la matinée, ce vide ne m’a pas quittée.
Je me suis demandé : pourquoi ça fait si mal ? Pourquoi aujourd’hui ?
Et j’ai compris, simplement, que j’étais seule.
Appeler mes amies ? Elles travaillent demain. Peut-être qu’elles dorment déjà dans les bras de leurs partenaires. Et je ne veux pas déranger.
Et puis j’ai pensé : je pourrais appeler mon partenaire.
Sauf que… il n’y en a pas. Ou du moins, pas d’amour dans ma vie.
Pas celui que j’espérais.
Pas celui que je croyais comprendre.
C’est fou, tu sais. Il m’aura fallu une nuit, un rêve, un matin vide, 25 ans de vie… pour admettre que je me suis peut-être complètement trompée sur l’amour.
Et mon subconscient voulait visiblement que je le sache.
Pourtant, j’ai essayé.
D’aimer à la folie, de me dévouer, de me donner entièrement. J’étais présente, intense, impliquée. Parfois même accrochée à des gens qui ne me rendaient rien.
Et je me suis souvent demandé, et aujourd’hui plus que jamais : qu’est-ce que je fais mal ?
Est-ce que je suis dure ? Fermée ? Impossible à aimer ? Est-ce que je mérite ça ?
On dit qu’il faut se demander ce qu’est l’amour. Mais je mentirais si je disais que je sais.
C’est quoi, l’amour ?
L’attachement ? Le vertige ? La sécurité ?Se donner à l’autre jusqu’à s’oublier ? Attendre un prince ? Une promesse ? Ou juste une succession d’attentes mal formulées ?
Pourquoi suis-je toujours celle qui reste avec les bras vides ?
En relisant mes notes de psycho, je suis tombée sur les styles d’attachement.
Après cinq ans d’études, il m’a fallu une phrase pour me reconnaître :
Attachement ambivalent, avec des nuances désorganisées (et un peu de sécurisant en construction).
J’ai soif de lien, mais j’ai appris à m’en méfier. J’ai besoin d’être choisie, vue, reconnue même quand je doute, même quand je fuis. J’oscille entre m’accrocher trop fort et partir trop vite.
Pas par caprice : par survie.
Je pars avant qu’on me quitte. Je me protège avant de me perdre. Je porte en moi ce mélange toxique : aimer et avoir peur. Désirer et repousser. Chercher la fusion, puis m’y noyer.
Je croyais savoir ce que je voulais.Je ne voulais pas d’un amour tiède, à moitié. Je voulais de la passion, des lettres, des voix chuchotées dans le noir.
Je voulais faire partie de ses rêves, pas juste de ses habitudes. Je voulais qu’il pense à moi sans que je le rappelle à l’ordre.
Je voulais qu’il me voie, me lise, me comprenne, sans que j’aie à me justifier.
Je croyais que si j’aimais fort, l’autre me rejoindrait.
Alors j’ai tout donné.
Sans calcul. Sans attendre la preuve que c’était réciproque. Je l’aimais avant qu’il me choisisse. Je l’aimais pour deux, parfois. Je portais ses silences, ses absences, comme s’ils étaient normaux.
Lui — ou eux — étaient en moi, gravés jusque dans mes gestes, mes pensées, mes choix.
Mais moi, je n’étais peut-être jamais vraiment en eux. Ou pas avec la même intensité. Pas sans insister.
Pas sans rappeler, demander, mendier un peu d’attention, un peu de retour.
Et je doute maintenant d’être seule à ressentir ça.
Peut-être qu’on est plusieurs à ne pas savoir aimer, ni ce que ça veut dire. Peut-être que ce qu’on nous a vendu était un mensonge. Une fabulation.
Peut-être que l’amour, le vrai, ça ne sauve pas. Ça ne comble pas. Ça n’efface rien.
Je ne sais plus si j’attends quelqu’un. Je ne sais même plus ce que j’attends de l’amour.
Mais je sais ce que je ne veux plus.
Je ne veux plus d’un amour qui me fait douter de moi. Je ne veux plus me convaincre que l’intensité est une preuve, que souffrir veut dire aimer.
J’ai trop donné sans retour, trop attendu qu’on me voie comme j’aimais voir.
Je ne veux plus mériter l’amour.
Je veux un amour qui ne brise pas. Un amour qui n’a pas besoin que je m’efface pour exister.
Un amour qui me voit, même quand je me cherche encore.
Mais aujourd’hui, peut-être que je ne cherche plus un miracle, ni un conte.
Je veux un amour qui ne brise pas.
Un amour qui n’a pas besoin que je m’efface pour exister.
Un amour qui me voit, même quand je me cherche encore.
L’amour une décision, un chemin, un choix de chaque jour.
Qu’on soit deux à le bâtir… ou seule à y croire encore.
Parce qu’il existe, j’en suis certaine.
Peut-être pas toujours comme on l’attend.
Mais il vit.
En germe, au fond de moi.
En espoir, au fond de toi.



