Le jour ou je suis devenue villageoise
Actually, je suis née en ville, mais j’ai découvert qu’on peut tous devenir villageois, peu importe d’où l’on vient, laisse moi t'expliquer.
Il y a quelques semaines, j’ai participé au Cultur’Elles Fest. Cela fait 2–3 ans que je suis bénévole pour cette OBNL, et c’est l’une des relations les plus longues et solides que j’ai jamais eues. Ce qui m’a frappée, c’est de voir des personnes me reconnaître et de réaliser l’impact à long terme que l’on peut avoir sur la communauté et la scène montréalaise.
En grandissant, j’ai toujours cherché à me sentir incluse, dans un endroit où je me sens à ma place, où je peux être moi-même (je dois écrire un article sur qui je suis vraiment histoire de me présenter). Et peu à peu, j’ai compris que ce n’est pas seulement une question d’être seule ou de se découvrir soi-même. Nous sommes des animaux sociaux : notre monde se construit dans l’interaction, et notre environnement nous façonne autant que nous l’influons.
En revenant à Montréal, je voulais me sentir utile. Je voulais mettre mes valeurs en action, m’impliquer dans ce que j’aime. C’est là que j’ai découvert l’importance de la communauté. La première communauté à laquelle j’ai appartenu, en dehors de ma famille, c’est Cultur’Elles MTL. Cette ONG féminine promeut les femmes racisées de Montréal dans les arts, la culture et les médias. C’était ma première expérience de bénévolat, et elle a complètement changé ma trajectoire de vie, mon impact social et ma manière de voir les autres.
Cela me fait penser à cette citation ;
« On ne travaille pas pour la génération actuelle, mais pour celle qui vient. » - Kwame Ture
Mon bénévolat, c’est exactement ça : je sème pour que d’autres puissent récolter plus tard. C’est là que j’ai compris : pour avoir un village, il fallait que je sois villageoise.
Une villageoise qui avait peur.
Pendant longtemps, j’ai cru que je n’avais pas ma place dans une communauté. J’avais peur de ne pas être « assez », assez engagée, assez militante, assez intéressante. J’avais aussi peur d’être déçue, de donner et de ne rien recevoir. Mais c’est justement ça que le village m’a appris : on ne donne pas pour soi, on donne pour le collectif. Et en retour, même si ce n’est pas immédiat, on reçoit un sentiment d’appartenance qu’on n’aurait jamais pu construire seule. C’est comme un cercle, ce que je donne devant, je vas le recevoir en retour.
Avoir un village m’a aussi fait réaliser que je n’étais pas étrange ou différente. Au contraire, j’ai rencontré des gens auxquels je pouvais m’identifier, et qui pouvaient s’identifier à moi. Il y a quelque chose de merveilleux dans un village : on n’est jamais vraiment seul. On rit, on pleure, on se soigne, et surtout… on grandit. Parce que le monde ne se fait pas seul. Si on veut avancer, il faut quelqu’un à ses côtés,pas forcément de manière amoureuse ou spécifique, juste être ensemble.
L’union fait la force. Que ce soit dans des films, des romans ou des dessins animés, on le voit toujours : aller plus loin est plus facile et plus fort lorsqu’on est en groupe. C’est exactement ainsi que je vois la communauté.
Une villageoise en politique.
Être villageoise, c’est aussi un acte politique. Dans une société qui nous pousse constamment vers l’individualisme, dire « je choisis ma communauté » est une forme de résistance. Comme femme noire, descendante de migrants, je sais que la survie de nos familles, de nos mères et de nos tantes a souvent tenu à la solidarité. C’est féministe parce que ce sont souvent les femmes qui tiennent ensemble les communautés, invisibles mais essentielles. C’est sociologique parce que cela montre que l’individu ne se construit jamais seul : il est façonné par son milieu. Et c’est politique parce qu’au-delà des grandes institutions, il existe ces villages invisibles qui soutiennent des vies entières.
M’engager auprès d’un groupe qui partage mes valeurs, c’est affirmer que l’on existe ensemble. En tant qu’afro-descendante, issue d’une première génération de migrants, je sais combien il est crucial de ne pas être seule, de parler, se renseigner. Mes parents, en arrivant ici, ont cherché, créé et trouvé leur communauté, qui est ensuite devenue leur famille. Et c’est exactement ce que je construis à mon tour.
Une villageoise…dans son village.
Maintenant, pourquoi tu devrais être villageois ? Tout le monde veut un village, mais pas être un villageois. Tout le monde veut de la musique, mais personne ne veut danser. Tout le monde veut une communauté sans s’impliquer. Sauf que c’est comme vouloir le beurre et l’argent du beurre, mais vraiment sans travail, sans même vouloir se déplacer pour l’avoir.
La communauté demande un inconvénient, demande un sacrifice, un dépassement de soi. Il y a quelque chose de noble dedans quand on y pense. Mais c’est un bien qui revient aussi à nous. On ne peut pas vouloir tout l’or du monde sans y travailler. Devenir villageoise, m’a permis de grandir, me connaitre me comprendre.
Le jour où je suis devenue villageoise, j’ai compris que je n’étais pas seule mais surtout que je n’avais jamais été seule.
Je marche dans les pas de celles et ceux qui, avant moi, ont construit des villages dans la migration, dans l’exil, dans la lutte.
Et je me demande : si nous avions tous un village, comment le monde serait-il différent ?
j’écoute,
je suis emphatique,
je me questionne,
je fais attention,
j’aime,
je participe,
je vis.
C’est ma manière de combattre l’individualisme
du au capitalisme.
Je brise
cette solitude de travail de chaîne,
les codes,
les règles.
Je suis une combinaison jamais solo.
Je suis de Montréal et du Congo,
un peu de elle, lui et eux,
une pièce de plusieurs morceaux,
une mosaïque de communauté.
Ma communauté n’est pas un hasard,
elle est l’héritage de femmes
qui ont refusé de plier.
Merci a ma maman, mémés, mes tatas mes heroines,
A mon papa, mes freres ma source d’inspi,
A mes amies qui sont devenues mes ames-soeurs,
A Cultur’Elles qui m’a appris le dévouement, le relais et a aimer ma ville.
A toutes mes interactions, qui m’ont fait grandir.
A ceux qui m’ont souris, m’ont accepté.




