Manifeste pour les mots d’affirmation
Deuxième essaie sur les cinq langage d'amour. Les mots d'affirmations sont plus que l'on croit. Récit sur comment l’amour entre femmes a sauvé ma vie.
Affirmation
Nom féminin.
Action d’affirmer, de donner pour vrai un jugement.
Manière de manifester de façon indiscutable une qualité.
Pour quelqu’un qui pense, écrit et réfléchit beaucoup, les mots ont toujours été étranges. Presque un monde parallèle.
Je les aime pourtant, je les trouve beaux, délicats, puissants.
Ils sont la manifestation visible des secrets enfouis au fond de notre être.
Les mots sont intimes.
Et peut-être parce que je ne me suis pas beaucoup exprimée enfant, j’ai longtemps eu de la difficulté à parler à voix haute. Je pouvais parler, oui mais rarement dire ce que je ressentais vraiment. Le fond de mon être restait silencieux.
J’ai grandi comme ça.
Heureusement qu’il existe d’autres manières d’exprimer l’amour, l’affection physique, services etc.
Je suis meilleure pour écrire les mots que pour les dire. Ce que je ressens est souvent trop fort pour être livré brut. Je préfère classer, polir, rythmer, rendre mes phrases belles, pour que l’autre comprenne la complexité de mes émotions.
Finalement, je parle avec des mots. Juste pas à l’oral.
Dans cet essai sur les langages de l’amour, je veux parler des mots d’affirmation.
Et surtout d’un phénomène qui, je crois, nous traverse collectivement : la difficulté à exprimer notre amour avec des mots, particulièrement envers nos amies.
Pourquoi est-ce si difficile de dire ce qu’on ressent ?
J’ai demandé à ma meilleure amie, que j’appelle aujourd’hui ma sœur P. quel était notre langage d’amour.
Elle m’a répondu :
“Je dirai Words of affirmation and acts of service.”
J’ai été surprise.
J’aurais spontanément dit moments de qualité.
Quand on se voit, on rit jusqu’aux larmes. On parle de tout amour, politique, famille, traumatismes, espoirs, rêves, on peut meme parler de notre soudaine intolérance aux lactose. Parfois, on ne parle pas du tout. Parfois, on pleure de joie.
Alors pourquoi les mots ?
Je me suis demandé :
Est-ce que je suis vraiment expressive ? Moi? Sarah?
Quand on pense aux words of affirmation, on imagine des “je t’aime” répétés. Or, je dis rarement ces mots, tres rarement.
La définition d’“affirmation” ; manière de manifester de façon indiscutable, ne m’a pas beaucoup aidée.
La seule chose dont j’étais sûre, c’est ceci :
nous avons du mal à nous exprimer émotionnellement, surtout entre ami·es.
Et je crois que ce n’est pas anodin.
Silence émotionnel, héritages et cultures (?)
Je ne sais pas si c’est propre aux familles noires, africaines, immigrantes, mais je sais que, dans beaucoup de nos foyers, l’amour ne passait pas par les mots.
Nos parents disaient rarement :
“Je t’aime.”
“Je suis fier de toi.”
“Pardon.”
L’amour passait par autre chose :
des blagues, parfois maladroites,
des taquineries,
des gestes,
des services rendus,
une forme de tendresse indirecte.
Sans s’en rendre compte, beaucoup d’entre nous ont hérité de ce langage affectif.
On communique par des demi-phrases, de l’humour, des regards, des services, des silences.
On apprend à aimer sans trop dire.
Mais à force de ne pas dire, on finit parfois par ne plus savoir comment dire, même quand il s’agit de choses belles, douces, positives.
Quand est-ce la dernière fois qu’on a dit “je t’aime” à un parent, un ami, un petit frère ?
Quand est-ce la dernière fois qu’on l’a entendu en dehors des occasions spéciale?
Apprendre à parler grâce à l’amitié
Les words of affirmation sont le langage d’amour que j’essaie encore d’apprivoiser.
Et c’est en grande partie grâce à mes amies.
Dans l’effort commun, dans la tendresse partagée, on a construit un espace où il était possible d’être vulnérables, sincères, enfantines. Un espace où le cœur pouvait parler.
Comme le dit cette citation :
“C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.”
Parfois, l’amour déborde, un peu comme quand je suis avec elle et mes autres soeurs et il devient rire, cris, surnoms, messages trop longs, compliments répétés, blagues pleines d’affection.
Les mots ne sont pas toujours solennels.
Parfois, ils sont simples.
Mais ils portent tout.
Genre, stéréotypes et expression émotionnelle
Il existe aussi une dimension genrée dans notre rapport aux mots.
On dit souvent que les femmes parlent beaucoup, qu’elles sont naturellement expressives, émotionnelles, bavardes.
Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ?
De quoi parlent-elles ?
Se racontent-elles leurs douleurs, leurs joies, leurs amours, leurs blessures ?
Ou est-ce une étiquette qui invisibilise la complexité de leurs silences ?
Toutes les femmes ne sont pas à l’aise avec la parole.
Certaines ont appris à se taire.
D’autres ont appris à minimiser leurs émotions.
D’autres encore ont été socialisées à parler, mais pas forcément à être entendues.
Il faudrait interroger non seulement qui parle, mais aussi
qui peut parler, comment, dans quelle langue, et avec quelles conséquences.
Les mots comme preuves d’amour
Quand on ne peut pas toujours se voir, se toucher, se serrer, il reste souvent les messages.
Les textos.
Les phrases écrites.
Les mots.
Ces dernières années, j’ai appris à m’exprimer davantage à l’écrit, à l’oral, devant une caméra, face aux autres. Et une grande partie de cet apprentissage vient de mes amies.
Je les appelle mes sœurs.
L’amour de ma vie.
La marraine de mes futurs enfants.
La plus belle.
La plus intelligente.
J’ai la réputation d’écrire des messages d’anniversaire longs, remplis de mots doux. Certaines attendent mon message comme un rituel. Juste le fait de savoir, me donne chaud au coeur.
Sans m’en rendre compte, j’ai fait des mots mon outil principal pour dire ce que mon cœur ne sait pas toujours montrer.
Je me souviens du timbre de ma voix la dernière fois que j’ai vu ma meilleure amie et que je lui ai montré la lettre P gravée près de mon téléphone pour lui dire qu’elle était là tout le temps avec moi.
Un merci peut vouloir tout dire.
Un “ça m’a fait plaisir de te voir” peut contenir un monde.
Un simple regard peut rappeler toutes les fois où on s’est dit “je t’aime”, “tu me manques”, “je suis là.”
Parfois, les mots traduisent ce que le cœur ne peut pas démontrer.
Parfois, ils sont la seule preuve que l’amour existe.
Les mots comme intimité
Je me souviens de phrases simple, mais chargées de sens.
“Non, je ne veux pas, prends un autre exemple, elle c’est ma meilleure amie.”
Des mots ordinaires, mais que j’ai compris comme une déclaration profonde.
Parce que c’était une conversation de cœur à cœur.
Son cœur parlait au mien.
Et je n’avais pas besoin de plus.
Apprendre à aimer avec des mots, pour moi, a été un apprentissage lent et profondément féministe.
Parce que dans un monde qui demande aux femmes d’être douces mais silencieuses, présentes mais discrètes, aimantes mais jamais exigeantes, oser exprimer son amour devient un acte de résistance, etre soi, etre libre.
L’amitié féminine a été mon école.
C’est grâce à elle que j’ai appris à nommer ce que je ressens, à dire merci sans gêne, à dire je t’aime sans honte, à écrire des messages trop longs, à être émotive sans me minimiser, a etre vulnérable.
C’est grâce à elle que j’ai compris que l’amour ne se limite pas aux relations romantiques, qu’il peut être profond, structurant, vital, entre femmes.
J’ai grandi à travers mes amies.
Elles m’ont appris la tendresse, la loyauté, la sécurité, la joie.
Elles m’ont montré que l’amour peut être un espace où l’on guérit, où l’on devient plus entière, où l’on s’autorise à être vulnérable sans être faible.
Et même quand j’ai l’impression que ce ne sont que des mots, un compliment, un message d’anniversaire, un “je t’aime”, un “je suis fière de toi”, ce ne sont jamais juste des mots.
Les mots touchent. Ils restent. Ils réparent.
Ils confirment à l’autre qu’elle compte, qu’elle est vue, qu’elle est aimée, exactement ceux que je veux les faire ressentir et c’est ce qu’elles me font ressentir.
Quand je dis que je veux finir ma vie avec mes meilleures amies, ce n’est pas une blague, ni une exagération.
C’est une déclaration d’amour;
Une vision du futur,
Une promesse de soin mutuel,
Une autre manière d’imaginer la famille, la loyauté, la longévité de l’amour.
Et si les mots sont mon langage, alors je continuerai à aimer comme ça , en nommant, en affirmant, en disant, encore et encore :
tu comptes pour moi, merci d’etre mon âme sœur, merci de m’aimer, merci de m’apprendre.
Merci pour la vie, pour le manifeste des mots d’affirmation.
Je t’aime plus que hier et moins que demain. ∞
A la sorotité, a l’amour et a l’amitié. Je nous invite a célébrer





Oui, oui, oui, la sororité sauve 🪷