Non je ne veux pas connaitre le sexe du bébé.
En regardant une émission, j’ai remarqué quelque chose : quand une personne annonce une grossesse, la première question qui revient presque toujours, c’est « C’est une fille ou un garçon ? »
Même à l’échographie, les médecins demandent souvent : « Vous voulez connaître le sexe du bébé ? » J’en ai discuté avec quelques-unes de mes amies et elles m’ont dit que elles voudraient savoir le plus tôt. Ça va les aider à se projeter, acheter des affaires et se préparer en conséquence. Leurs réponses sont tout à fait valides et compréhensives. Mais moi, je me suis un peu plus posé la question pour savoir et comprendre pourquoi je ne voulais pas connaître le sexe du bébé. Et je me suis rendu compte que ce que je ne voulais pas savoir, ce n’était pas vraiment le sexe du bébé. Pas tout de suite, du moins.
Pas parce que je veux créer une surprise. Mais parce que je veux retarder ce moment où le monde commencerait déjà à assigner quelque chose à mon enfant.
Pour moi, j’ai l’impression que si je mets un accent sur connaître le sexe du bébé, si c’est une fille ou un garçon, je vais plus me rattacher à ce genre que au bébé ou à qui le bébé peut être. J’ai l’impression que mes projections sociétales ou autres vont être rattacher au sexe et sera automatiquement projetée sur le bébé. Et je ne veux pas faire de projection. Pour ça, j’ai dû réfléchir à comment je voyais le genre et tout ce que je connaissais sur le genre.
Le genre.
Quand j’y réfléchis, c’est aussi lié à ce que je sais du genre.
Je vois le genre comme une construction sociale. On ne naît pas femme ou homme : on le devient, à travers l’éducation, les attentes, les symboles, les interdits.
Et les adultes, sans s’en rendre compte, projettent ces codes sur les enfants. On les habille, on les félicite ou on les réprimande différemment, on leur montre des modèles distincts.
Et tout cela, ça commence bien avant qu’ils puissent même parler. Il y a pas de maniere biologique d’etre une femme, un homme, on apprends a en etre un.e
Je pense que les adultes projettent ces idéaux, si je peux appeler ça comme ça, ou ces stéréotypes, ces fonctionnements liés au genre qu’on croit qu’il faut avoir. Moi, je vois surtout les enfants comme, si je peux appeler ça “des pages blanches”, les enfants apprennent ce qu’on leur dit, ils voient ce qu’on leur montre. Dans la societé, on fait en sorte que tout soit de manière binaire, rose ou bleu, fille ou garçon, un ou l’autre, jamais ni l’un ni l’autre ou l’un et l’autre. Ils grandissent selon eux ou selon ce que nous croyons?
Mais refuser de connaître le sexe du bébé ne veut pas dire nier qu’il y a des réalités de genre, ni ignorer ce qu’elles impliquent.
Au contraire : ça m’a obligée à réfléchir à ce que moi j’associe à “fille” et “garçon”.
La culture, la communauté.
Je suis née dans une famille africaine, religieuse, où on ne questionne pas souvent les évidences.
On garde ce qu’on nous apprend : ce qui est bien reste bien, ce qui est mal reste mal.
Mais je crois qu’il faut oser comprendre la logique derrière ce qu’on nous transmet,non pas pour tout rejeter, mais pour choisir consciemment ce qu’on veut garder.
Et dans cette réflexion, il y a mes peurs.
Je suis la seule fille d’une fratrie de cinq garçons.
Alors oui, j’ai toujours dit que si j’avais des fils, ce serait plus facile : je connais déjà ce monde-là.
Je connais plus de super-héros que de princesses, plus de catcheurs de la WWE que de poupées Bratz.
Mais c’est quoi avoir et etre un garçons chez moi? Dans beaucoup de familles congolaises (et plus largement africaines), la naissance d’un enfant ne porte pas la même signification selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille.
Le garçon comme héritier du nom, porteur de la lignée et garant du prestige familial. et la fille comme gardienne de l’honneur, du foyer et de la douceur.
Dès l’enfance, les tâches, les comportements, les manières d’être sont genrés ; Les filles apprennent très tôt à aider, servir, se taire, être présentables, pas trop de bruit surtout. Les garçons, eux, apprennent à parler fort, être respectés, ne pas pleurer.
Une fille qui pleure, elle est blessé, un garçons qui pleure, il est en colere.
En Afrique, la religion joue un grand role dans la societé et meme gouvernement, et elle a un impact dans l’education aussi.
Comme dans les genres, les rôles bibliques : l’homme comme chef de famille, la femme comme soutien, douceur, soumission. Comment ces rôles se transmettent sans toujours être questionnés parfois sans comprendre le contexte, les roles ou signification. La religion a renforcé ce que la culture disait déjà. L’homme comme tête, la femme comme cou, cette image qu’on répète souvent dans les églises africaines.
Mais j’ai appris avec le temps que si le cou ne bouge pas, la tête ne voit rien.
Quand tu questionnes le genre dans une famille congolaise, on te regarde comme si tu étais perdue. On te dit que ‘c’est comme ça chez nous’, sans même se demander d’où ce ‘chez nous’ vient.
Je ne veux pas renier ce que ma culture m’a donné. Elle m’a appris la solidarité, la foi, le respect. Mais je veux apprendre à mes enfants que ces valeurs peuvent exister sans hiérarchie de genre. Que la douceur n’appartient pas qu’aux filles, et que la force ne se résume pas aux garçons.” Parceque ma mere et mon pere m’ont éduqué comme ca.
Mes peurs et projections
Je crois que mes peurs ne viennent pas seulement du fait d’être une future mère, mais aussi d’être une femme noire qui a grandi dans un monde où le genre est déjà une lutte.
J’ai peur de ce qu’ils peuvent devenir, ce qu’ils ne peuvent pas devenir aussi. J’ai peur que mes garçons deviennent des monstres. Et j’ai surtout peur de ce que la société va leurs rapprendre, va renforcer, va appuyer lorsque moi, je ne serai pas avec eux.
Si c’est un garçon, j’aurai peur qu’il apprenne trop vite à cacher sa tendresse. Peur qu’il croit que la force passe par la colère, que la virilité exige le silence. J’aurai peur que le monde lui enseigne à dominer avant de comprendre. La brutalité, l’ego centrisme, écraser sans réfléchir. J’aurai peur de ne pas trouver les bons mots, de ne pas savoir comment le protéger d’une masculinité toxique sans l’enfermer dans une autre norme.Comment leurs dire d’etre des alliés, qu’ils peuvent mettre du rose, aimer la cuisine ou vouloir etre chef cuisiner. ? Dans un monde qui attends d’eux froideur, aucune expression, sentiments et ou ils risquent de se perdre? J’aurai peur qu’on me trouve surprotectrice, mauvaise alors que je ferais de mon mieux d’élever des bonne personnes.
Si c’est une fille, j’aurai peur qu’elle hérite de toutes les fatigues que j’ai portées. Peur qu’elle apprenne trop tôt à se défendre, à s’excuser, à se plier pour être aimée. J’aurai peur qu’elle ressente de la crainte et méfiance tot, peur qu’elle soit fatiguée et que inconsciemment, en m’observant voit que elle aussi, doit porter le monde sur son dos des un tres jeune age.
Avoir une fille, c’est déjà savoir qu’il faudra la préparer à survivre à un monde qui la regardera avant de l’écouter. Dure, qu’elle ne comprendra pas, comment lui dire qu’elle sera mal consideré parce qu’elle est une femme ?
Je veux un humain, à aimer, avant de devoir le protéger du monde.
Au fond, je crois que je ne veux pas savoir le sexe du bébé parce que je veux apprendre à rencontrer un être avant une identité.
Je veux le regarder sans idée pré-faite, sans histoire déjà écrite dans ma tête.
Je veux qu’il ou elle aime ce qu’il ou elle aime, découvre tout sans limites.
Je veux qu’il ou elle puisse pleurer sans honte, rêver sans contrainte, choisir sans peur.
Je ne veux pas savoir s’il sera fille ou garçon.
Je veux savoir comment il, elle rira, comment il ou elle aimera, ce qui lui fera danser.
Je veux d’abord l’aimer dans le flou, dans la lumière douce de ce qu’il ou elle deviendra.
Et c’est peut-être pour ça que je ne veux pas savoir.
Parce que tant que je ne sais pas, je peux encore rêver d’un être libre, sans étiquette, sans attentes, sans limites imposées.




