Pourquoi je n’utiliserai plus mon nom de famille paternel.
Un nom: c’est plus qu’un mot sur une carte d’identité. C’est une histoire. Une mémoire. Une ligne de filiation. Ce texte est une réponse, un hommage, une transformation : celle du nom qu’on m’a donné, et de celui que je choisis d’habiter.
Le nom, un héritage qu’on ne choisit pas
J’ai longtemps signé un nom qui ne disait rien de moi. Un nom hérité, imposé, devenu presque décoratif. Un nom qui sonnait comme un rappel : ce n’est pas toi qui choisis.
Et pendant des années, je ne l’ai pas remis en question. Comme on ne remet pas en question la pluie ou la loi du père.
Lorsque je suis montée sur scène pour la première fois, lorsque j’ai commencé à publier mes articles, mes textes, j’ai décidé de signer Sarah B, et non Sarah V, ou Sarah M, ou Sarah V.M., mes initiales que j’utilise tous les jours.
J’ai pris B parce que je ne connaissais personne qui portait ce nom. C’est là que j’ai décidé de me renseigner sur la provenance de BILA. BILA, c’est le nom de famille de ma grand-mère maternelle. Mais ce qui est drôle, c’est que techniquement, elle ne s’appelle pas BILA. Elle s’appelle M’BILA. Il y a un M’ apostrophe avant.
C’est une erreur qu’on retrouve souvent dans les noms de famille d’origine africaine : nos noms sont mal transcrits, mal orthographiés.
BILA, ça veut dire policier en lingala. Mais aussi palmier, ou noix de palme. Quand j’ai demandé à ma grand-mère ce que ça voulait dire, elle m’a répondu : “Je t’appelle. On m’appelle. Mais pas pour une mauvaise chose.” Il y a quelque chose de beau je trouve.
En creusant, j’ai appris que ce nom venait… de son père, et non de sa mère. J’ai été un peu déçue. Ce que je pensais être un héritage féminin ne l’était pas. Parcontre, le fait qu’il soit mal orthographier, cette erreur m’a marquée. Parce que les femmes, depuis des siècles, on les a vues comme des erreurs. Des absences, des silhouettes en second plan. Cette faute d’orthographe, cette coupure du M’, elle me parle.C’est une erreur… que j’ai choisie de garder.
Refuser l’évidence patriarcale
Porter le nom du père, c’est souvent automatique. Mais ce n’est pas neutre. C’est accepter une généalogie où la mère, les femmes, sont effacées. C’est faire vivre une lignée qu’on connaît parfois, parfois pas, avec les blessures et joies.
Je me souviens d’un post que j’ai lu un jour : “Les femmes n’ont pas de nom.” Ça a résonné fort. Parce que sans nom propre, on n’a pas d’histoire propre. On devient la fille de, la femme de, la mère de. Jamais soi-même. Et parfois, même nous, on finit par se voir ainsi. On connaît les noms des hommes de la famille. Mais qu’est-ce qu’on sait des femmes ? Leur prénom ? Leur vie ? Leur héritage ? J’ai réalisé que je connaissais mieux la lignée paternelle que maternelle. J’ai commence a en apprendre lorsque je me suis mise a interroger et écouter les femmes dans la cuisine. Et ça, ce n’est pas un hasard.
Reprendre le contrôle, se renommer
Ne plus utiliser son nom de famille paternel, ce n’est pas renier ses racines. C’est choisir lesquelles nourrir. C’est écrire autrement l’histoire. C’est réparer. Résister. Renaître.
Un des biens les plus précieux que je possède, c’est mon identité de femme noire. Et aujourd’hui, je porte avec tendresse et fierté mon deuxième prénom : celui de ma grand-mère. Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas une coquetterie. C’est un acte. Un choix. Une position.
C’est décider que cette “erreur” , M’BILA devenu BILA, n’en est pas une. C’est un espace que je m’approprie. Une faille que je transforme. Je ne veux pas rester dans l’ombre. Je veux faire de ce nom mal transcrit une lumière. Une voix. Une place. Une ligne de transmission.
Un des biens les plus précieux que je possède, c’est effectivement mon identité en tant que femme noire. C’est aussi mon prénom, mon nom de famille. Et cette année, je porte une particulière attention à mon second prénom, qui est le nom de famille de ma grand-mère maternelle. Pour moi, le mettre en avant est plus qu’une décision personnelle ou un sous-entendu esthétique, c’est affirmer mon identité de femme. Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas une coquetterie. C’est un acte. Un choix. Une position.
Pour moi, c’est comme un cycle. On a longtemps été considérés comme des erreurs, et voilà qu’une erreur se glisse encore dans mon nom. C’est décider que cette “erreur” , M’BILA devenu BILA, n’en est pas une. C’est un espace que je m’approprie. Une faille que je transforme. Je ne veux pas rester dans l’ombre. Je veux faire de ce nom mal transcrit une lumière. Une voix. Une place. Une ligne de transmission.
J’ai décidé de le garder à l’état brut. C’est une erreur, mais ce n’est pas une erreur comme vous croyez. C’est une opportunité pour moi de créer mon identité en tant que femme, de raconter nos histoires, de nous qui ont généralement été oubliées. Et cela n’est pas possible avec un nom qui n’est pas le mien, avec le nom de ma famille parternelle.
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Je suis née d’une lignée de femmes fortes.
Élevée par des mains qui n’ont pas signé l’acte de naissance.
Alors j’écris avec mes choix.
Et ce nom que je n’utilise plus,
C’est le dernier silence que je refuse de porter.
Mes deux grands-mères sont nées le même jour. Elles ont été enseignantes. Ma mère a rêvé de bâtir une école. Moi aussi. Ce sont des histoires de femmes. Des transmissions vivantes. Et si personne ne les écrit, elles s’effaceront. Alors j’écris. Je prends le relais. Ne pas porter le nom de mon père, Ce n’est pas une rupture, c’est une filiation. Celle des femmes qui m’ont faite. Et à qui je rends hommage, parce que c’est ce dont je suis appelée.



Moi aussi j'aimerais ne plus porter le nom de mon père. Je pense même à le faire officiellement....
Très beau texte et très belle analyse !! Merci pour vos mots