Vivre sans scénario, selon soi
Essai sur le fait de ne plus rêver la vie qu'on attend de moi. AKA vivre sans lois ni maitre imposé
Aussi étrange que cela puisse paraître, je suis à la recherche de quelque chose de plus fort.
De sensations, d’émotions, d’expériences plus intenses.
Aussi important, noble qu'ils soient, quelque chose qui dépasse le mariage, le couple, la maternité, la possession matérielle et l’accumulation.
Aussi désirables que ces choses puissent sembler, ou du moins aussi désirables qu’elles nous sont présentées par notre société , elles ne suffisent pas à nommer ce que je ressens. Elles ne touchent pas cet endroit précis en moi où naît le désir.
Ce que je cherche est ailleurs.
Quelque chose qui ne se laisse pas enfermer dans un statut, un rôle ou un calendrier?
Je ne cherche pas à rejeter ces modèles. Je cherche à comprendre pourquoi ils ne m’enthousiasment pas. Pourquoi ils ne me traversent pas. Et surtout, pourquoi le fait de vouloir autre chose semble toujours devoir être expliqué, justifié, défendu.
Parcequ’on devrait désirer autrement dans un monde qui chronomètre les vies.
Parfois, quand je pense à ma vie et à mon futur, une image revient presque automatiquement :
Un diplôme. Un appartement. Des voyages. Un copain, puis un fiancé, un mari. Deux enfants. Un chien. Une maison. Une voiture.
Ce futur-là n’a rien de dramatique , au contraire, il est rassurant, presque doux. Et pourtant, chaque fois qu’il s’impose, je remarque la même chose : je ne suis pas excitée.
Je n’y ressens ni élan ni fièvre. C’est bien, oui. Mais c’est prévisible. Comme un décor monté avant même que j’entre sur scène.
Alors je me demande : pourquoi ce futur tout tracé ne me fait…rien?
La chronologie imposée
On ne nous propose pas seulement des chemins de vie, on nous impose un tempo.
Il y a un âge pour étudier, un âge pour aimer, un âge pour se marier, un âge pour enfanter.
L’horloge sociale tourne, et toute déviation devient suspecte.
Tu es “en retard”, tu “perds ton temps”, tu “ne sais pas ce que tu veux”.
Cette temporalité est profondément genrée. Pour les femmes, elle est plus étroite, plus urgente, plus biologique. Le désir de maternité est supposé naturel. Ne pas le ressentir (ou pas maintenant) devient presque un aveu d’anomalie.
Et pourtant, ce n’est peut-être pas moi le problème (du moins, je l'espère !)
Peut-être que c’est simplement que ces désirs qu’on dit universels ne le sont pas. Voilà, c'est dit.
Désir, norme et culpabilité
Le couple stable, la maison, les enfants : ces images ont une fonction sociale.
Elles organisent le monde. Elles fabriquent la stabilité, le soin, la projection et on attend encore des femmes qu’elles en soient les gardiennes.
Mais désirer autre chose, c’est souvent perçu comme une faute de maturité.
Vouloir le mouvement, l’intensité, l’inconnu ? On appellera ça “fuite”, “peur de s’engager”, “syndrome de Peter Pan”.
Et pourtant, ce que je veux n’a rien d’immature.
Je cherche quelque chose de vivant, pas quelque chose d’instable.
Des sensations sincères, imprévisibles. Une existence qui ne soit pas un tableau Excel de réussite sociale.
Ce que je désire n’a pas de nom.
Et c’est précisément ce qui le rend difficile à revendiquer.
Parce que dans une société où tout doit être mesurable, ce qui ne rentre dans aucune case paraît suspect.
Le capitalisme du temps et du soi
On vit dans un monde obsédé par la production : produire une carrière, une image, une famille, un bonheur postable etc etc.
Même l’amour doit être un “projet” : solide, planifié, rentable émotionnellement.
Mais qu’en est-il du “temps gratuit”?
Du plaisir inutile ? De ces heures sans rendement, où on ne “fait” rien mais où on vit pleinement ?
Je ne rêve pas d’exceller au travail, non. Je rêve d’un travail qui me laisse le temps d’exister par contre je veux du temps.
Lire, aider, marcher, parler avec mes amies. Respirer sans être en train de “devenir quelqu’un”. Sans agir comme si je devais constamment me mettre a jour.
Refuser de courir après l’argent, pusique j’ai essayé et je me suis brûlée.
Aujourd’hui, ralentir est devenu ma façon d’être libre et d'exister.
Désapprendre pour revivre
Alors que beaucoup apprennent à construire, moi j’apprends à désapprendre
À ne pas transformer chaque émotion en objectif.
À refaire de la place pour les gestes simples : lire près d’une fenêtre l’hiver, danser seule dans ma chambre, faire un casse-tête, serrer ma mère dans mes bras. Sortir sur un coup de tête.
Ces gestes n’ajoutent rien à mon CV, mais ils me reconnectent à moi-même, nourris mon âme et ma mémoire.
Ils ne produisent pas. Ils restaurent.
Parfois, mon corps me donne l'impression d'avoir été un champ de bataille. Trop de choses vécues, ressenties, traversées. Le corps, lui aussi, porte les injonctions, les attentes, les contradictions sociales.
Alors peut-être que ce que je cherche n'est pas une grande aventure spectaculaire. Peut-être que je cherche un mode de vie qui ne m'épuise pas. Parceque nos corps ne méritent pas d'être en mode survie, un champ de bataille ou en constante mise a jour.
Le vrai désir.
Peut-être que ce que je cherche n’est pas extraordinaire, finalement.
Peut-être que le vrai acte radical aujourd’hui, c’est de ne plus vouloir vivre selon un script. De désirer autrement : sans devoir justifier, prouver, accélérer.
Ces gestes n'entrent dans aucun CV.
Ils ne construisent rien de visible. Mais ils me reconnectent à moi-même.
Au fond, ce que je veux est simple, mais radical : Habiter mon temps plutôt que le subir. Désirer sans devoir me justifier.
Je ne refuse pas l’amour.
Je refuse qu’il soit une obligation.
Je ne refuse pas la stabilité.
Je refuse qu’elle soit la seule définition du bonheur.
Je veux être libre.
Et je veux être heureuse.
Pas selon un scénario.
Ni le capitalisme.
Mais selon ce qui me ressemble, ici, maintenant.





j'ai beaucoup aimé ta plume! et je partage la meme fatigue de répondre aux sirenes de la productivité à tout prix
En tant que mère et femme mariée et possédant une maison et un voiture et heureuse, je tiens à préciser que je suis tout à fait d'accord. ☺️
Ceci dit, j'ai ressenti ce vide et cette aspiration à plus, surtout dans le travail. Ça m'a menée.. au chômage du coup. Chaque parcours est unique malgré les grands schémas collectifs. Chaque histoire d'amour, chaque maternité, chaque histoire qui nous construit.
Merci pour ton partage.
Et de toute façon, c'est la faute du capitalisme. 😜