Merveilleux, clair, juste. « j'ai longtemps voulu rendre mes émotions intelligentes. Mais une peine d'amour n'a pas besoin d'être intelligente. Elle a juste besoin d'être vécue. » 👏🏻 c’est un phénomène bien répandu, celui de chercher à rentrer dans les cases intellectuelles le ressenti - ce qui est rangé dans une case rassure, est connu. Le ressenti, les émotions, elles elles nous mènent là où elles veulent - souvent, très souvent, dans une grande volonté de nous faire du bien et de nous alléger. Bravo pour ce texte 👏🏻
J'ai jamais lu quelque chose d'aussi vrai. On cherche à rationaliser ce qui n'est pas, à expliquer des choses qu'on ne peut même pas expliquer. Dans la douleur, la rupture on perd pied sur une structure, une dynamique établies. Intellectualiser permet donc, d'avoir le contrôle au moins sur quelque chose. Ça reste un gilet de sauvetage jusqu'au moment où l'on remarque qu'on se noie avec.
« Une rupture, c’est un deuil sans enterrement. » C’est ça, les étapes de deuils y compris, la compréhension en moins. Team Intello du Déni, on fait comme on peut pour ressentir maintenant, au lieu de compartimenter, étiqueter, à tout prix vouloir fonctionner…
J’attends le/s poème/s et la surprise avec impatience, merci pour cette belle analyse.
J'avais commencé un texte qui a disparu, sur ma rupture avec moi-même, celle dont je vis actuellement la résolution, la fin de la traversée, comme lorsqu'on sort tout habillé de l'eau.
J'ai perdu un pan tout entier de moi, un pan d'enfance et de révolte, un pan de naïveté, de puissance, ma part enseignante. Je l'ai perdue alors qu'elle était peut-être déjà condamnée, et que j'avais voulu la sauver, en partant de l'éducation nationale, en créant mon école. Ces grands échecs ont déshabillé mon âme, j'avais tant échaffaudé, tant espéré, tant investi, tant combattu. Et finalement, j'ai rompu. Les phases : déni, sidération, introspection, création, introspection, dissociation, introspection, dépression, introspection, projections... Mais mon introspection n'est pas analytique, c'est une écoute. J'écoute les messages de mon inconscient, qui me parle à travers les jeux que je choisis, les chansons qui m'obsèdent. J'écoute mes parts, celles qui me disent la peur de ne plus exister professionnellement, celles qui me disent la peur de manquer, la colère anticipée, l'anxiété de déception, j'écoute ces parts qui veulent me protéger de la douleur, et je les remercie. Et derrière elles, toutes petites, parfois juste un peu plus grandes, des parts blessées, des parts qu'on a laissées seules se débrouiller, dans des situations pas trop faciles. A chaque fois que j'arrive à ces parts-là, à chaque fois que je les écoute, que je leur dis à quel point je suis désolée de ce qu'elles ont vécu, à chaque fois s'opère un genre de libération. Un apaisement, un verrou qui s'ouvre, un poids qui s'annule, me laissant remonter du fond de l'eau.
Aujourd'hui, avec le printemps, les fleurs que j'avais enfouies à l'automne ont déployé leurs pétales veloutés, humides et chatoyants. Ce jardinage-là, nécessaire, était un message de mon inconscient déjà: tu vas voir, plonge tes mains dans la terre, une vie souterraine, invisible, courageuse, patiente, prépare le fleurissement. (Bien sûr, à ce moment-là, je ne le savais pas. Je me suis fait une surprise à moi-même). Un jour ce sera fini ce clapotis dans la boue, ce jardin désolé, la modestie des petits plants un peu fanés qu'on choisit avec un portefeuille de chômeuse. Un jour il va y avoir de l'étirement au soleil, du foisonnement, une croissance vitale. Oh, je sais, on la connait cette métaphore du printemps, c'est con, j'aurais voulu être originale, mais non: mon corps et mon esprit sont inévitablement, chaque année, même sans drame, alignés avec les saisons: le surtravail de l'automne, le ralentissement jusqu'à l'arrêt, au mois de janvier, comme si tout pesait une tonne de neige, le vif réveil du printemps, parfois par bouffées de soleil, entrecoupées de pluie, et la sage anticipation de l'été, entre force et épuisement.
Je sens aujourd'hui une émotion profonde, les larmes attendent dans ma gorge, demain tout peut changer, je peux partir vers un nouveau travail, demain vraiment. Et j'ai peur, ou plutôt j'ai le trac, comme avant le lever de rideau. Je sens que ça peut marcher. Et il y a cette part qui me dit : oh ça va, drama queen, tu peux aussi bien le rater cet entretien d'embauche, et il faudra bien revenir barboter parmi les hésitations, les ressorts cassés de nos projets avortés, tu ferais mieux de regarder ça froidement. (Merci, oui, c'est vrai que ce serait décevant, et toujours un peu humiliant d'être rejeté, et c'est angoissant quand on se dit que ça peut se répéter encore... merci de me prévenir.) Que protèges-tu, part un peu cynique, un peu sarcastique? tu protèges une part qui a déjà vécu ça, qui s'est retrouvée reléguée, qui a voulu y croire et a été déçue, une fleur de printemps piétinée. Ne t'inquiète pas.
Hier, j'ai fait le tour des pâquerettes avec ma tondeuse.
Je me reconnais beaucoup dans ton expérience et dans tes mots. Je n'arrive pas à m'empêcher de suranalyser en sachant qu'au fond, c'est juste un moyen de fuir comme un autre. Un moyen d'éviter de ressentir ce que je pourrais (devrais) ressentir sur le moment. C'est valable pour toutes les épreuves difficiles que je rencontre.
Aussi, j'ai cliqué presque instantanément dès que j'ai vu l'image de couverture de Malcolm et Marie dans l'article. Trop cool, elle illustre parfaitement le sujet.
Merveilleux, clair, juste. « j'ai longtemps voulu rendre mes émotions intelligentes. Mais une peine d'amour n'a pas besoin d'être intelligente. Elle a juste besoin d'être vécue. » 👏🏻 c’est un phénomène bien répandu, celui de chercher à rentrer dans les cases intellectuelles le ressenti - ce qui est rangé dans une case rassure, est connu. Le ressenti, les émotions, elles elles nous mènent là où elles veulent - souvent, très souvent, dans une grande volonté de nous faire du bien et de nous alléger. Bravo pour ce texte 👏🏻
Merci ! Et merci pour ton commentaire, je te rejoins a 100%
J'ai jamais lu quelque chose d'aussi vrai. On cherche à rationaliser ce qui n'est pas, à expliquer des choses qu'on ne peut même pas expliquer. Dans la douleur, la rupture on perd pied sur une structure, une dynamique établies. Intellectualiser permet donc, d'avoir le contrôle au moins sur quelque chose. Ça reste un gilet de sauvetage jusqu'au moment où l'on remarque qu'on se noie avec.
"Intellectualiser permet donc, d'avoir le contrôle au moins sur quelque chose." Oui oui et oui ! Je suis a 100% d'accord avec toi!
« Une rupture, c’est un deuil sans enterrement. » C’est ça, les étapes de deuils y compris, la compréhension en moins. Team Intello du Déni, on fait comme on peut pour ressentir maintenant, au lieu de compartimenter, étiqueter, à tout prix vouloir fonctionner…
J’attends le/s poème/s et la surprise avec impatience, merci pour cette belle analyse.
Merci a toi pour ton commentaire !
J'avais commencé un texte qui a disparu, sur ma rupture avec moi-même, celle dont je vis actuellement la résolution, la fin de la traversée, comme lorsqu'on sort tout habillé de l'eau.
J'ai perdu un pan tout entier de moi, un pan d'enfance et de révolte, un pan de naïveté, de puissance, ma part enseignante. Je l'ai perdue alors qu'elle était peut-être déjà condamnée, et que j'avais voulu la sauver, en partant de l'éducation nationale, en créant mon école. Ces grands échecs ont déshabillé mon âme, j'avais tant échaffaudé, tant espéré, tant investi, tant combattu. Et finalement, j'ai rompu. Les phases : déni, sidération, introspection, création, introspection, dissociation, introspection, dépression, introspection, projections... Mais mon introspection n'est pas analytique, c'est une écoute. J'écoute les messages de mon inconscient, qui me parle à travers les jeux que je choisis, les chansons qui m'obsèdent. J'écoute mes parts, celles qui me disent la peur de ne plus exister professionnellement, celles qui me disent la peur de manquer, la colère anticipée, l'anxiété de déception, j'écoute ces parts qui veulent me protéger de la douleur, et je les remercie. Et derrière elles, toutes petites, parfois juste un peu plus grandes, des parts blessées, des parts qu'on a laissées seules se débrouiller, dans des situations pas trop faciles. A chaque fois que j'arrive à ces parts-là, à chaque fois que je les écoute, que je leur dis à quel point je suis désolée de ce qu'elles ont vécu, à chaque fois s'opère un genre de libération. Un apaisement, un verrou qui s'ouvre, un poids qui s'annule, me laissant remonter du fond de l'eau.
Aujourd'hui, avec le printemps, les fleurs que j'avais enfouies à l'automne ont déployé leurs pétales veloutés, humides et chatoyants. Ce jardinage-là, nécessaire, était un message de mon inconscient déjà: tu vas voir, plonge tes mains dans la terre, une vie souterraine, invisible, courageuse, patiente, prépare le fleurissement. (Bien sûr, à ce moment-là, je ne le savais pas. Je me suis fait une surprise à moi-même). Un jour ce sera fini ce clapotis dans la boue, ce jardin désolé, la modestie des petits plants un peu fanés qu'on choisit avec un portefeuille de chômeuse. Un jour il va y avoir de l'étirement au soleil, du foisonnement, une croissance vitale. Oh, je sais, on la connait cette métaphore du printemps, c'est con, j'aurais voulu être originale, mais non: mon corps et mon esprit sont inévitablement, chaque année, même sans drame, alignés avec les saisons: le surtravail de l'automne, le ralentissement jusqu'à l'arrêt, au mois de janvier, comme si tout pesait une tonne de neige, le vif réveil du printemps, parfois par bouffées de soleil, entrecoupées de pluie, et la sage anticipation de l'été, entre force et épuisement.
Je sens aujourd'hui une émotion profonde, les larmes attendent dans ma gorge, demain tout peut changer, je peux partir vers un nouveau travail, demain vraiment. Et j'ai peur, ou plutôt j'ai le trac, comme avant le lever de rideau. Je sens que ça peut marcher. Et il y a cette part qui me dit : oh ça va, drama queen, tu peux aussi bien le rater cet entretien d'embauche, et il faudra bien revenir barboter parmi les hésitations, les ressorts cassés de nos projets avortés, tu ferais mieux de regarder ça froidement. (Merci, oui, c'est vrai que ce serait décevant, et toujours un peu humiliant d'être rejeté, et c'est angoissant quand on se dit que ça peut se répéter encore... merci de me prévenir.) Que protèges-tu, part un peu cynique, un peu sarcastique? tu protèges une part qui a déjà vécu ça, qui s'est retrouvée reléguée, qui a voulu y croire et a été déçue, une fleur de printemps piétinée. Ne t'inquiète pas.
Hier, j'ai fait le tour des pâquerettes avec ma tondeuse.
Je peux disparaitre un temps.
Et je réapparais.
Je suis la tondeuse et la fleur.
Wow! Ton texte est si touchant et magnifique, bravo !🤍
Je me reconnais beaucoup dans ton expérience et dans tes mots. Je n'arrive pas à m'empêcher de suranalyser en sachant qu'au fond, c'est juste un moyen de fuir comme un autre. Un moyen d'éviter de ressentir ce que je pourrais (devrais) ressentir sur le moment. C'est valable pour toutes les épreuves difficiles que je rencontre.
Aussi, j'ai cliqué presque instantanément dès que j'ai vu l'image de couverture de Malcolm et Marie dans l'article. Trop cool, elle illustre parfaitement le sujet.
Merci pour cet article d'une sincérité inouïe :-)